Colombes : l'été meurtrier. ça suffit !

Publié le par Laurent Trupin

 

Colombes a été cet été le théâtre d’événements dramatiques. Ce n’est malheureusement pas un cas isolé. La violence croissante souligne une dérive consternante de notre société. Je sais, ce n’est pas le ton habituel de ce blog, mais j’ai été très choqué en particulier par ce qui est arrivé aux deux jeunes femmes de Colombes au début du mois, par ce que cela veut dire de la confiance qu’on peut avoir dans la justice de son pays et tout autant par le traitement médiatico-politique  de ces faits atroces.

Commençons par le moins original : la presse et les politiques. Ils se retrouvent sur :

Un manque total de vérification : selon les articles, le viol a eu lieu avant ou après les coups ; tantôt c’est la gare de Colombes, tantôt celle de La Garenne ; le passé criminel du suspect est plus ou moins développé, selon la thèse qu’on veut défendre ; tout comme les événements juste avant (interpellé la veille pour vol à la tire ?) ou juste après (rentré tranquillement à la Maison d’arrêt ?) les agressions ;  l’imprécision sur les mots : « liberté conditionnelle » ou « liberté surveillée » utilisés en lieu et place de « semi-liberté»…

Une dérive vers la politique nationale : la publicité autour de ces agressions est surtout venue du fait que l’agresseur présumé était en semi-liberté, dans un contexte de « guerre » supposée entre le Ministre de l’Intérieur et celui de la Justice. Et nos élus d’en rajouter (par voie de presse bien entendu) : le maire UMP de La Garenne Colombes dénonce la « folie de Taubira qui veut désengorger les prisons » (oubliée la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009) ; et le maire (PS) de Colombes de défendre Mme Taubira en expliquant qu’elle souhaite « trouver des moyens alternatifs pour ceux qui ne sont pas à leur place en prison »…. Désolé M. Sarre, je crois que l’agresseur présumé y était à sa place…

 

Aucun mot sincère (au-delà de la compassion d’usage, et encore) pour les victimes, leurs proches, tous ceux qui ont pu être marqués par de tels faits près de chez eux. Pas plus de considération, d’ailleurs, au-delà des « mentions légales » pour la présomption d’innocence. On peut même lire quelques lignes sarcastiques sur la déposition du prévenu… (ceci dit au passage pour ceux qui auraient encore des doutes sur le secret de l’instruction)

 

Tout cela, pour les « citoyens ordinaires » ça veut dire quoi ?

Peut-on avoir confiance dans la justice et la police de son pays ?
Le système est « parti en vrille ». Question de moyens ? De politisation ? De dérive de la société ? Je ne sais pas. Mais il est clair qu’une police et une justice qui contrôlent et condamnent de plus en plus les « citoyens de base », automobilistes, contribuables, les gens qui n’ont pas composté leur billet de train ou mis une pièce dans le parcmètre… et qui sont impuissantes à garder les récidivistes potentiels en prison, ne gagnent pas la confiance populaire.

Comment expliquer à cette amie gardée à vue au commissariat de Colombes pour un problème d’expulsion, le soir même des agressions, que son cas est plus grave que celui de l’agresseur présumé et qu’il justifiait de mobiliser des services de police ?

 

Est-ce un problème de moyens ?

On entend tout et n’importe quoi sur les moyens des tribunaux et des services de police. Contentons-nous de faits :

Les tribunaux, et notamment les greffes sont en retard en matière informatique. Est-ce pour cela que l’agresseur présumé, interpellé pour vol à la tire à la Défense la veille de ses actes présumés a été relâché immédiatement car la Police ne « savait pas » qu’il s’agissait d’un condamné en semi-liberté ? Dans un monde où on a le sentiment qu’on sait tout sur vous, il n’y aurait que les criminels qui réussiraient à se rendre anonyme ?

Côté Police, on sait qu’on a un gros problème de moyens à Colombes : les effectifs réels du commissariat de police nationale ont fortement décru ces dix dernières années alors que la population augmentait.

On pourra bien sûr me montrer des statistiques pour me prouver que j’ai tort : on mesure les effectifs quand on veut et selon ce qu’on veut prouver... Je constate simplement que la nuit sur Colombes (en dehors de tout apport extérieur genre BAC) il n’y a qu’une voiture de police qui circule… pour 87.000 habitants.

Mais au-delà des moyens, il y a aussi un « état d’esprit » qui se dégrade. Chacun d’entre nous a été témoin de ce qu’on appelle pudiquement des « incivilités »… et, tous, nous avons été lâches et nous nous sommes réfugiés derrière le « ce n’est pas très important ». Cependant, là on sera tous d’accord, pouvoir circuler à 22 heures librement et sereinement dans Colombes, c’est important. S’attaquer aux « micro-problèmes » de voisinage ça l’est aussi et les deux ont des liens.

 

Publié dans Ville de Colombes

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